Jeûne et Vieillissement

Les effets du jeûne et d’autres régimes alimentaires semblent avoir un intérêt dans les processus de vieillissement.
Le jeûne est la privation prolongée de nourriture. On considère que la phase de jeûne commence environ 6h après le dernier repas chez l’humain. Le « jeûne » regroupe de nombreuses méthodes différentes et nous en traiterons en détail dans ce dossier.
La capacité à résister à l’absence de nourriture est très dépendante des espèces et s’explique par des mécanismes évolutifs conduisant à différentes capacités de stockage de réserves. Ceci est dû à des mutations aléatoires qui ont été renforcées car donnant potentiellement un avantage dans la survie.

Par exemple, les ours peuvent hiberner ou parcourir de très longues distances, comme les oiseaux migrateurs, et tout ça  sans apport de nourriture.
Les humaines sont relativement bien équipés pour faire face à la pauvreté en nourriture. Ceci a permis à nos ancêtres de survivre pendant des périodes très difficiles – périodes durant lesquelles la nourriture n’était pas disponible à foison.

Sur plusieurs espèces, différentes stratégies de jeûne, que nous verrons en détails, ont été expérimentées et donnent parfois des résultats impressionnants concernant le vieillissement et le développement de problèmes liés à l’âge. C’est le cas par exemple de macaques rhésus [1].

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Ce dossier sera constitué de 4 articles : nous verrons dans un premier temps ce qu’est le jeûne, puis nous nous pencherons sur les raisons d’une efficacité de certaines diètes dans les processus de vieillissement.

L’intérêt sera ensuite porté sur le métabolisme derrière le jeûne et les biomarqueurs permettant de mesurer ses effets.

Enfin nous traiterons de la variabilité génétique dans les réponses à différentes méthodes de jeûne face au vieillissement.

Le jeûne dans l’histoire

Dans l’histoire, les famines ont été un problème récurrent pour notre espèce.  Notre chance dans ce contexte est de pouvoir stocker un apport en excès de nourriture afin qu’il soit utilisé en temps de famine. On pourrait assimiler ce manque d’apport à du jeûne forcé et cela a été un facteur déterminant de l’évolution au long cours de notre espèce.
La pratique du jeûne « volontaire » se retrouve dans de nombreuses cultures et dans plusieurs religions monothéistes qui ont des périodes de jeûne (carême, ramadan) inscrites dans leurs rites. Les raisons invoquées pour ces rituels sont évidemment spirituelles mais se peut-il qu’ils aient été mis en place également par observation empirique des bénéfices du jeûne ?

Les mécanismes de stockage et de production d’énergie : les fondations du vieillissement ?

Notre corps puise son énergie de deux sources principales : les sucres et les lipides. Il les décompose pour pouvoir les exploiter ; on dit qu’il les métabolise.

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– Le glucose, un sucre, provient des glucides que nous mangeons. Ces glucides sont dégradés en glucoses par des enzymes endogènes mais aussi par l’action du microbiote intestinal. Ils subissent parfois d’autres modification pour être utilisés par nos organes comme source d’énergie.

L’excès de glucose est majoritairement stocké sous forme de glycogène dans le foie (qui le produit) et dans les muscles squelettiques. Ce glycogène est un polymère de glucose : une grande molécule composée de petites molécules de glucose. Le glycogène sert de “réserve d’énergie” et peut être relâché dans le sang sous forme de glucose (glucose sanguin).

– Les lipides, le gras, quant à eux proviennent des réserves présentes dans les tissus adipeux. Les acides gras peuvent être directement assimilés par certains organes.

Tous les organes ne sont pas capables d’assimiler directement les acides gras présents dans les adipocytes qui contiennent en moyenne 87% de lipides (triglycérides majoritairement). Ces acides gras sont transformés, au besoin, en corps cétoniques qui seront utilisables par certains organes comme le cerveau [2,3].

Le glucose est utilisé en priorité tant que son taux est suffisant. En cas de manque de glucose, les corps cétoniques prennent le relais mais sont moins directement consommables. Ces mécanismes sont régulés par l’action d’hormones que nous verrons en détail plus loin.

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Le stockage de l’énergie dans notre corps peut être comparé à la différence entre un plat au restaurant et un plat surgelé. Le plat de restaurant correspond au glucose, facilement accessible et consommable directement tandis que les plats surgelés se réfèrent aux lipides. Ils ont besoin d’une préparation en amont de la consommation.

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Le foie

Le foie est l’organe capital de cette gestion de l’énergie. Responsable de la production de bile, il assure également des fonctions de synthèse et de dégradation de nombreuses molécules.
Les fonctions de synthèse sont par exemple la transformation de glucose en glycogène. C’est la glycogenèse. Le foie peut, à l’inverse, relâcher du glucose dans le sang grâce au procédé inverse.

Le jeûne est donc une pratique millénaire, qu’elle soit forcée par le manque de nourriture ou encouragée par des préceptes religieux. Ceci n’en fait pas un argument pour juger de son efficacité.
Nous allons tenter d’éclaircir cela dans les prochaines parties, maintenant que nous avons quelques bases sur les principaux mécanismes de stockage et d’utilisation de l’énergie.

[ATTENTION] Avant de commencer un jeûne, demandez conseil aux professionnels de santé, comme votre médecin traitant. Selon les pratiques et les individus, le jeûne peut s’avérer dangereux pour votre santé s’il n’est pas correctement réalisé et pourrait entraîner des carences. Dans le cas de certaines pathologies, il doit être encore plus finement contrôlé.
Pratiquer des modifications non contrôlées sur sa diète peut s’avérer dangereux. Dans le cas d’une carence non repérée, cela peut mener à des complications plus sérieuses.
Par exemple, une femme de 38 ans décide d’adopter une technique de jeûne, sans savoir qu’elle  a une carence en fer. Malheureusement, elle n’intègre pas d’aliment riche en fer dans sa nouvelle alimentation et se retrouve quelques années plus tard avec un oedème du bas des jambes ou encore un arrêt des règles.
Avant de modifier drastiquement votre hygiène de vie et d’essayer une technique de jeûne, consultez votre médecin.

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Jeûne & vieillissement

Louis Kokkinis

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Louis is responsible for the vulgarization of articles and scientific watch for Long Long Life.
He is currently studying biology remotely at Aix-Marseille University. He also works on multiple biotechnology and engineering projects.

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Louis est responsable de la rédaction d’articles de vulgarisation et de veille scientifique pour Long Long Life. Il étudie la biologie à distance à l’université d’Aix Marseille. Il est également porteur de plusieurs projets de biotechnologies et ingénierie.

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Références:

[1] Colman RJ & Al,. (2009). Caloric restriction delays disease onset and mortality in rhesus monkeys. Science.;325(5937):201-4.

[2] http://www.srmuniv.ac.in/sites/default/files/files/KETONEBODYMETABOLISM.pdf

[3] http://watcut.uwaterloo.ca/webnotes/Metabolism/Fat.html#fatKetoneBodyMetabolism

[4] McDonald, R. B., & Ramsey, J. J. (2010). Honoring Clive McCay and 75 Years of Calorie Restriction Research. The Journal of Nutrition, 140(7), 1205–1210.

[5] Michel Poulain, Anne Herm and Gianni Pes. (2013) The Blue Zones: areas of exceptional longevity around the world. Vienna Yearbook of Population Research, pp. 87-108.

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