Mieux vieillir grâce à votre bonne graisse

Il existe deux types de tissus stockant les graisses dans le corps, les tissus adipeux blancs et tissus adipeux bruns. Le premier, majoritaire, dont la proportion augmente lorsque l’on grossit a bien pour rôle principal de stocker ces graisses. Au contraire, le tissu adipeux brun garde normalement une taille constante. Il utilise les graisses afin de maintenir le corps des animaux à sang chaud à la bonne température.

Cependant, un nouveau rôle de ce tissu pourrait bien avoir été élucidé cette année par des chercheurs de la Rutgers University-New Jersey Medical School. En effet, dans leur article dans la revue Aging Cell [1], ils expliquent avoir rendu ce tissu plus actif chez des souris, grâce à une mutation. Cela a augmenté leur longévité en bonne santé, et réduit leur accumulation de masse graisseuse.

RGS14 : un rôle dans l’élimination des graisses et le vieillissement

RGS14 appartient à un groupe de protéines qui régule l’activité de la famille des protéines G. Ces protéines sont impliquées dans la transmission de signaux entre l’extérieur et l’intérieur des cellules. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître vu l’effet de sa mutation, la protéine RGS14 n’avait été étudiée jusqu’ici que pour son rôle dans le développement embryonnaire et dans le fonctionnement de certains neurones. Mais en effectuant la délétion du gène à l’origine de RGS14, l’équipe de Stephen F. Vatner réalise alors que les souris en étant dépourvues vivent non seulement plus longtemps, mais qu’en plus elles ne développent pas les signes de vieillissement habituels observés chez les souris du même âge. Des effets comme l’atrophie générale du corps ou bien la perte et le grisonnement des poils.

Les chercheurs décident alors d’observer plus précisément ces souris. Ils remarquent alors que, comparées à des souris normales, les souris mutées sont moins lourdes de quelques grammes comparées aux souris normales. Ils remarquent également qu’elles possèdent moins de masses graisseuses stockées sous forme de tissus adipeux blancs et plus de tissus adipeux brun que la normale. Ce changement, qui s’accompagne d’un métabolisme plus performant et d’une meilleure résistance aux basses températures, serait le responsable du vieillissement en bonne santé qu’ils observent.

Mais par quel processus? Les chercheurs s’interrogent ainsi sur le rôle des sirtuines, ces protéines généralement impliquées dans le maintien du corps en bonne santé face au vieillissement. Ils constatent alors que SIRT1, la sirtuine couramment associée à ce phénomène, est moins exprimée chez les mutants. Au contraire, ils observent qu’une autre sirtuine, SIRT3, impliquée dans la transition des tissus adipeux blancs vers l’état tissu adipeux brun, prend le relais de la première. En étudiant l’effet d’une double mutation de RGS14 et de SIRT3, ils montrent alors que les effets bénéfiques sur le métabolisme provoqués par leur première mutation dépendent bien de SIRT3.

Le tissu adipeux brun : une graisse responsable d’un vieillissement en bonne santé ?

La mutation provoquée par les chercheurs touchant l’intégralité du corps de la souris, il leur reste à prouver que les effets observés sont bien dus à la suractivité du tissu adipeux brun. Pour cela, ils décident d’échanger les tissus adipeux bruns de souris possédant la mutation du gène de la protéine RGS14 et de celles qui ne l’ont pas. Ils observent un effet surprenant : les souris non mutées recevant le tissu adipeux brun muté vieillissent mieux et en meilleure santé. D’un autre côté, les souris mutées recevant la graisse non mutée retournent à un vieillissement normal. 

Ainsi, un tissu adipeux brun rendu suractif aux dépens des tissus adipeux blancs permettrait d’augmenter la longévité en bonne santé chez la souris. Mais plus encore, l’équipe de Stephen F. Vatner ne vient-elle pas de trouver, à travers RGS14, une cible potentielle de traitement futur pour l’homme ?  Un traitement capable de faire une pierre deux coups: lutter contre le vieillissement, mais aussi contre l’obésité ? 

La réponse n’est hélas pas si simple. En effet, chez l’être humain, le tissus adipeux brun a presque disparu chez l’adulte et n’est nécessaire que chez le nourrisson. Néanmoins, on constate que chez les patients obèses, le tissu adipeux brun disparaît totalement au profit des tissus adipeux blancs [2]. Ceci laisse à penser qu’il existe un conflit similaire entre les deux types de tissus adipeux chez l’homme comme chez la souris. Il n’est donc pas encore temps d’enterrer un traitement basé sur les modifications de RGS14 !

Références:

[1] Vatner DE, Zhang J, Oydanich M, et al. Enhanced longevity and metabolism by brown adipose tissue with disruption of the regulator of G protein signaling 14Aging Cell2018;17:e12751.

[2] Cypess AM, Lehman S, Williams G et al. Identification and importance of brown adipose tissue in adult humans , N Engl J Med, 2009;360:1509–1517.

Baptiste Tesson

Author

Auteur

Baptiste is studying biology at the École Normale Supérieure de Lyon and bioengineering at the École Polytechnique Fédérale de Lausanne. He worked on the optimization of Cas9 as a tool for genome editing and on the emergence of blood stem cells in the zebrafish. He currently works on the patterning of the muscles, also in the zebrafish. He plans on doing a PhD in developmental biology.

More about the Long Long Life team

Baptiste étudie la biologie à l’École Normale Supérieure de Lyon et la bioingénierie à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Il a travaillé sur l’optimisation de la protéine Cas9 comme outil de modification de génomes et sur le développement des cellules souches du sang chez le poisson zèbre et travaille actuellement sur la mise en place des muscles chez le même animal. Il projette de réaliser un doctorat axé vers le développement animal.

En savoir plus sur l’équipe de Long Long Life

SHARE